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Le chemin de vie 29 avril, 2016

Posté par Xuan VINCENT dans : Merveilleux,Sentimental , ajouter un commentaire

début de la nouvelle :

 

1

 

Elle était arrivée au bout du voyage. Des mois durant, elle avait sillonné les chemins, sur les traces de son père. Partout, le long des voies ferrées, à chaque maisonnette de garde-barrière où il avait grandi, plus tard dans chaque maison où il avait vieilli, elle avait retrouvé des pans de son histoire. Elle l’avait si peu connu… Il reprenait peu à peu vie. Pourtant, une image continuait à la hanter : sur un lit d’hôpital, les derniers mots d’un homme au visage émacié par la maladie, celui de son père mourant, répétés comme s’il voulait lui imprimer ces mots à jamais : « le chemin de vie, le chemin de vie… ». Depuis ce jour, elle n’avait eu de cesse de saisir le sens de ces paroles, le message qu’il avait voulu lui délivrer. N’écoutant que sa peine, elle avait entrepris ce pèlerinage. Tantôt accompagnée de son compagnon, tantôt seule, mais avec la même obstination. Ces derniers temps, ses proches la pressaient , les uns  gentiment, les autres plus fermement, de tourner la page et d’arrêter de vivre dans la mémoire du disparu. Elle continuait toutefois à faire la sourde oreille, elle se devait d’aller jusqu’au terme de sa quête.

 

-         Kastellin, deux minutes d’arrêt, veuillez vérifier en descendant que vous n’avez rien oublié.

 

A ce nom familier prononcé par le conducteur, elle avait sursauté. Pour un peu, elle allait manquer l’arrêt, ce lieu cher à sa mémoire. Là, dans cette petite ville où, enfant, elle avait vécu les plus beaux moments de sa vie avec son père, elle saurait ajouter un pan de taille au puzzle que, patiemment, elle reconstituait.

 

La gare et le quartier environnant n’avaient guère changé, si ce n’est l’ancienne maisonnette de garde-barrière aujourd’hui occupée par un manouche, qui l’avait décorée de peintures vives évoquant la Camargue de sa jeunesse. A pas tranquille, elle se dirigea vers l’hôtel des collines bleues.

 

Son père l’appelait dans le lointain, en répétant sans fin « le chemin de vie, ma fille, le chemin de vie… ». Diane voulait le rejoindre en plein cœur de la nuit, mais plus elle s’évertuait à se rapprocher de lui, plus il prenait une allure fantomatique, se dérobait à elle. Soudain, deux mains vigoureuses lui masquèrent les yeux. Une tout autre scène, celle de la chambre de son enfance baignée de lumière, lui apparut et elle se réveilla en sursaut, le cœur battant. Instinctivement, elle regarda autour d’elle. L’atmosphère était étrange, Diane sentait comme présence, était-ce celle de son père ? Poussant le rideau d’un revers de main, elle vit un ciel pâle sans lune, et en contrebas un épais manteau de brume recouvrait les méandres de la rivière. Ce fut plus fort qu’elle, elle s’habilla prestement, sortit de sa chambre d’hôtel et descendit à pied la colline. Ses pas l’appelaient irrésistiblement vers le cours d’eau.

 

Le pont du centre ville franchi, elle poursuivit vers le chemin de halage. Le brouillard était encore dense, on y voyait à peine à quelques pas devant soi. Aussi avança-t-elle prudemment sur le sentier. Elle était toutefois heureuse de fouler ce chemin maintes fois emprunté, lorsqu’elle était enfant. Plus loin, passée la première écluse, tout près d’elle au niveau d’un îlot rempli de verdure, un feu follet attira son attention. Ce n’était pas la première fois qu’elle le remarquait, mais ce jour-là, la curiosité fut la plus forte. Avisant une barque amarrée à quelques pas, elle détacha le cordage et rama vigoureusement jusqu’à l’îlot.

 

- Bonjour Mademoiselle, que puis-je pour vous ?

(…)

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